Je m’attendais à un album électro sage, dans la continuité tranquille de ce que Bonobo fait depuis 25 ans. Dès les deux premières pistes, j’ai compris que ce ne serait pas le cas. Mon album studio de septembre 2026 : Bonobo, Distance In Static en vinyle, huitième opus studio de l’artiste, sorti le 11 septembre chez Ninja Tune. Je vous livre mon avis sur mon exemplaire, mon écoute complète, et ce qu’en pense quelqu’un qui écoute rarement ce genre de musique.
Le principe de cette rubrique est simple : chaque mois, je reviens sur un album studio et un album live sortis récemment en vinyle, réellement écoutés chez moi, avec un avis honnête sur l’édition physique elle-même, pas seulement sur la musique. Pas de classement, pas de sélection forcée s’il n’y a rien à en dire de sincère un mois donné, seulement ce que j’ai vraiment acheté et écouté, et que vous retrouverez dans ma collection Discogs. Ce mois-ci, l’album live est Live à Paris, de Céline Dion, et vous trouverez mon avis sur cette première édition vinyle.

Identification de l’édition
Mon exemplaire est l’édition standard, pressée en deux disques vinyle noir, label Ninja Tune, référence ZEN328 (Label Code LC 12885), éditée au Royaume-Uni avec la mention « Made in EU » imprimée sur la pochette (fiche Discogs de cette édition).
Le choix du noir n’est pas un hasard, j’ai une vraie préférence pour les vinyles noirs. Ce sont d’ailleurs les deux seules couleurs, noir et rouge marbré, que j’ai trouvées chez les revendeurs français habituels au moment de la rédaction, hors import. Discogs recense à ce jour une dizaine de versions vinyle pour cet album, notamment : noir, bleu pastel en édition limitée (avec une variante signée), or et bleu marbré, rouge marbré, jaune marbré, label blanc numéroté tamponné main, et une édition splatter rouge, orange et jaune. De quoi satisfaire les collectionneurs de couleurs.
Le packaging est simple mais soigné : deux pochettes intérieures en papier glacé décoré, une par disque, un insert avec les titres et les crédits au recto et un dessin au verso, un code de téléchargement, et un hype sticker transparent. Seul regret : une pochette simple pour deux disques. Pour moi, un double album appelle une pochette ouvrante, dite gatefold, sans quoi les disques sont à l’étroit. Le grammage n’est indiqué nulle part, j’ai donc pesé les disques moi-même : 140 grammes chacun, dans la fourchette standard que je détaille dans mon article sur le grammage et la couleur des vinyles. L’usine de pressage n’est mentionnée nulle part non plus, ni sur la pochette ni sur la fiche Discogs.

État physique au déballage
Les disques sont quasi plats au déballage, avec une ondulation à peine perceptible, et aucun problème de centrage constaté, deux des points que je détaille dans mes six indices pour repérer un vinyle de bonne qualité chez le disquaire.
J’ai trouvé quelques résidus de fabrication en les sortant de leurs pochettes intérieures, éliminés en un simple passage de brosse antistatique*. Par souci d’avoir une écoute la plus propre possible, je les ai aussi passés au Knosti Disco-Antistat*, même si ce n’était pas absolument indispensable ici.
Écoute et qualité du pressage
J’ai écouté ces disques sur ma platine Technics SL-1500C équipée d’une cellule Audio-Technica VM540ML, préampli phono intégré de la platine désactivé, branchée directement sur l’entrée phono de mon ampli Onkyo A-9130, avec des enceintes KEF Q300 et un caisson SVS SB-3000.
Aucun bruit de fond dans les passages les plus calmes ni entre les plages. Aucune distorsion ni sibilance accrue en fin de face, là où la lecture devient plus délicate. Un avis publié sur Discogs par un autre possesseur de cette même édition noire confirme mon ressenti, décrivant un pressage plat, sans bruit de surface et silencieux. Un signal de qualité pour ce pressage, cohérent avec ce que j’ai constaté chez moi.
Les basses sont hyper propres, profondes, un vrai régal. La dynamique est agréable et équilibrée, un peu poussée sur les extrêmes, ce qui reste cohérent pour un album d’électro. Ça m’a rappelé ce que je trouve sur le vinyle de Random Access Memories de Daft Punk (10th Anniversary Edition), avec un peu plus de basses encore.
L’album tient sur quatre faces, un découpage qui ne pèse pas sur l’écoute. Le premier featuring, Fire On The Water, arrive dès la face A, porté par la voix feutrée d’Arooj Aftab en ourdou. Les featurings s’enchaînent ensuite au fil de l’album, avec notamment Nicole Miglis (du groupe Hundred Waters) sur Talk To Me, Joy Crookes sur Always On Your Side et Ichiko Aoba sur Equinoctial. Sur Drift et Talk To Me, l’équilibre est atteint : basses et aigus sont présents, mais les voix trouvent bien leur place. Un exercice périlleux, ici réussi.
J’ai aussi écouté l’album en streaming dans les mêmes conditions d’attention, sans noter de différence évidente par rapport au vinyle, une question que je creuse plus largement dans mon article sur les vraies différences entre vinyle, CD et streaming.

Ce que je retiens du contenu musical
Pour Bonobo, cet album pourrait marquer un tournant : dans plusieurs interviews données autour de la sortie, il présente ce projet comme potentiellement le dernier qu’il livrera dans ce format traditionnel, avec ses featurings multiples et une tournée mondiale complète, avant d’explorer des formats plus courts et plus libres, des micro-projets selon ses propres mots. Il ne ferme pas complètement la porte à de futurs disques sous le nom Bonobo, mais parle plutôt de la fin d’un certain format qu’il reconduit depuis des années.
L’album a été enregistré entre Los Angeles, Tokyo, Londres et le ranch de Neil Young en Californie, sur une période de trois ans. On y entend des paroles en anglais, en ourdou et en japonais, ainsi que des échantillons iraniens et des enregistrements de guzheng, mêlés à la production habituelle de l’artiste. La pochette elle-même tourne le dos à l’esthétique de paysages des albums précédents, au profit de photographies microscopiques de cristaux, signées par le photomicrographe John I. Koivula, sous la direction artistique de Trevor Jackson.
Ce qui m’a surpris, c’est la diversité musicale de cet album. Dawn et Cycles proposent une entrée presque cinématographique, mêlant électro et mysticisme. L’album passe ensuite d’une électro assez pure à des accents house, avec un détour ambient sur Fire On The Water, des sonorités jazz et soul sur Always On Your Side, et des couleurs plus exotiques, intégrées avec beaucoup de justesse dans ce voyage sonore.
Trois titres me marquent particulièrement. Drift est celui qui m’embarque le plus : il me met dans une bulle, me donne le tournis, me détache complètement de la réalité. Talk To Me se distingue : le chant colle parfaitement à des sonorités plus minimalistes que sur le reste de l’album. Always On Your Side est peut-être le titre qui s’intègre le moins bien au reste de l’album à mes oreilles, même si c’est une très belle musique en soi, avec une voix superbe que j’aime beaucoup écouter par ailleurs.
Cet album me rappelle par moments la goa trance des années 90, avec ce côté organique et bouillonnant, tout autant que Presence de Petit Biscuit. Une exploration musicale parfois rythmée, parfois plus lente, où l’esprit se laisse porter par les sonorités. On oublie le réel, on part avec Bonobo dans une autre dimension.
Ce qu’en pense quelqu’un qui écoute rarement ce genre de musique
J’ai fait écouter cet album à ma femme, qui n’écoute presque jamais de downtempo. Ce qui lui reste de cette écoute, c’est une connotation sonore qu’elle qualifie d’indienne. Ce qui l’a marquée, c’est le côté très répétitif, presque monotone, qui la fait entrer dans une bulle, mais dont la sortie lui a laissé une sensation de tension, comme si son rythme cardiaque avait augmenté. Pour décrire cet album à quelqu’un qui ne le connaît pas, elle parle d’un style Jean-Michel Jarre à connotation indienne. Le réécouterait-elle ? Non, ce n’est pas son style.
Sur la pochette, sans savoir qu’il s’agissait en réalité de photographies microscopiques de cristaux, elle y voit une image floue, où rien ne ressort vraiment, avec un côté volcanique, rouge, explosif « quand on se réveille ». Une interprétation qui n’est pas si éloignée de ce que j’ai pu lire sur les intentions de la direction artistique de l’album. Sur le son en tant que tel, elle n’a pas d’avis particulier à ajouter.
Verdict d’achat
À 35,99 €, le rapport qualité/prix de cette édition noire* est très bon : un pressage plat, silencieux, sur un album qui se prête davantage à une écoute attentive qu’à un simple fond sonore. Si vous tenez à la couleur, le rouge marbré est la seule autre édition que j’ai trouvée disponible en France hors import.
Je conseille cet album aux amateurs de downtempo, et sans doute aussi de trip hop.
Attention, si vous cherchez une électro pure et dansante, vous pourriez l’apprécier malgré tout, mais il risque de vous dérouter par moments : il alterne beaucoup de registres (ambient, house, jazz, soul).
Si vous avez déjà les précédents albums de Bonobo en vinyle et hésitez à sauter le pas sur celui-ci, la réponse est simple à mes oreilles : le pressage est à la hauteur de ce que je recherche sur ce genre de disque, propre, silencieux, avec des basses profondes et bien maîtrisées.


